Les protestants et l'IVG

C'est en 1971 que la Fédération protestante de France s'est prononcée pour la première fois sur la question de l'avortement qui donnait lieu, alors, à un large débat public en France.


DES PRINCIPES DE RESPONSABILITÉS
Invoquant les principes d'une morale de la responsabilité, la Fédération protestante estimait que, "dans certains cas, il y a plus de courage et d'amour à prendre la responsabilité d'un avortement qu'à laisser venir au monde des vies menacées". Constatant d'une part l'aspect purement répressif de la loi de 1920 et, d'autre part, l'augmentation dramatique du nombre d'avortements clandestins, la Fédération protestante (FPF) demandait au législateur d'autoriser le recours à l'IVG dans quelques cas limités : menace grave pour la mère ou l'enfant, cas de viol ou d'inceste, mineure de moins de 16 ans.

UN ACTE GRAVE
Dans sa déclaration, la FPF rappelait alors que l'avortement était, dans tous les cas, un acte d'une extrême gravité et qu'il ne devait en aucune façon être considéré comme un moyen de contraception et de contrôle des naissances.
La FPF recommandait également que les personnes intéressées devraient être en mesure de prendre une décision libre et responsable, grâce notamment à un accompagnement psychologique et humain confié à des services sociaux spécialisés.

POUR UNE VISION GLOBALE
En 1973, la Fédération protestante de France élargissait son point de vue donné deux ans auparavant. Cette déclaration estimait que certaines situations de détresse sociale pouvaient être prises en compte pour justifier une IVG mais qu'il ne « faudrait pas que l'avortement devienne pour la société un moyen facile de se débarrasser des problèmes sociaux qu’elle doit résoudre ».
La FPF demandait également que des mesures soient prises pour mener une action vigoureuse contre les avortements clandestins et les profiteurs de cette industrie. Rappelons que, dans les années 70, on comptait, par an, plus de 400 décès dus à des avortements pratiqués illégalement (ce chiffre est voisin de zéro aujourd'hui).

UN DÉBAT QUI SE POURSUIT
II faut noter que si ces prises de position reflètent assez bien l'opinion d'une majorité de protestants, il va sans dire que toutes les Églises membres de la Fédération ne partagent pas nécessairement le même point de vue sur l'avortement. En 1980, un sondage d'opinion réalisé par l'IFOP faisait apparaître que 56 % des Français se déclarant proches du protestantisme étaient favorables aux dispositions de la loi Veil, 24 % n'étant pas d'accord ou pas d'accord du tout. Le débat se poursuit donc au sein de la FPF, dans le respect des convictions de chacun.