Fiche

Titre : Sibyl
Edition : France, Royaume-Uni, 2019, 1h40
Réalisation : Justine Triet. Scénario : Justine Triet, Arthur Harari. Photo : Simon Beaufils. Décors : Thomas Baqueni. Montage : Laurent Sénéchal. Son : Julien Sicart.

Interprétation :

Virginie Efira (Sibyl), Adèle Exarchopoulos (Margot), Gaspard Ulliel (Igor), Sandra Huller (Mika), Niels Schneider (Gaspard), Laure Calamy (Edith).

Auteur

Actrice, scénariste et réalisatrice française, Justine Triet est née en 1978 à Fécamp. Elle a été révélée grâce à La bataille de Solférino, présenté à l’ACID Cannes (cinéma indépendant) en 2013.  Deuxième long-métrage, Victoria a reçu en 2016 un César (Meilleure actrice pour Virginie Efira) et Sibyl était en compétition à Cannes en 2019.

Résumé

Sibyl, romancière devenue psychanalyste, décide de revenir à son métier d’écrivaine. Alors qu’elle cherche l’inspiration, une jeune actrice en détresse la supplie de la prendre quand même comme patiente.

Analyse

Comme dans Victoria, le scénario de Sibyl est complexe, cette fois même déroutant.  Difficile, dans un premier temps, d’en définir le sujet : l’amour, la création, l’inspiration (‘ça n’existe pas !’, dit l’éditeur), la manipulation, le poids du passé et des origines, l’alcoolisme, la psychanalyse? Virginie Efira incarne les rôles de psy puis de romancière,  entourée, d’une multitude de personnages : sa famille (mari, enfants, mère décédée, sœur), ses amis et amants (dont Gabriel), ses patients, son éditeur, son propre psychanalyste. Très alerte et accompagné d’une belle bande son, avec jazz et chansons (Fever par Peggy Lee, Sometimes I feel like a motherless child par Mahalia Jackson), le film est composé d’innombrables petites scènes, tête-à-tête, gros plans, champs-contre-champs, scènes de nuit, de flash-back et flash-back dans le flash-back, etc. , le scénario variant les effets avec également des messages sur l’écran d’un portable, des images sur ordinateur ou le texte d’un roman en train de s’écrire avec un clavier. C’est une belle mise en abyme où s’écrivent à la fois un roman et un film, l’ensemble apparaissant en fait comme le fruit de l’imagination de Sibyl. A-t-elle voulu revenir à l’écriture pour mieux comprendre son aventure mal terminée avec Gabriel ? Ou pour guérir d’une tendance à l’alcoolisme héritée de sa mère ? Ou pour apaiser des relations compliquées avec sa sœur ? Où pour pouvoir répondre aux interrogations de son enfant qui manque de père ? Le cas de Margot qui, dit-elle, ‘l’obsède’ lui fait transgresser les règles de la psychanalyse tandis que le scénario nous conduit vers un film dans le film. C’est alors que se tendent les relations Margot-Sibyl-Igor-Mika, le tout au pied du Stromboli : un clin d’œil au film éponyme de Rossellini. Certaines scènes sont particulièrement réussies comme les rendez-vous autour d’un jeu de société avec le petit patient d’une dizaine d’années que Sibyl a voulu conserver. Virginie Efira joue avec naturel, tour à tour lumineuse ou défaite et  Sandra Huller apporte à son personnage de cinéaste à la fois présence et distanciation. Un film au charme certain et une belle histoire de cinéma !
Françoise Wilkowski Dehove