Fiche

Titre : Zombi Child
Edition : France, 2019, 1h43
Réalisation : scénario et musique, Bertrand Bonnello ; image, Yves Cape ; montage, Anita Roth ; distribution France, Ad Vitam.

Interprétation :

Louise Labeque (Fanny), Wislanda Louimat (Mélissa), Adilé David (Salomé), Ninon François (Romy), Mathilde Riu (Adèle), Mackenson Bijou (Clairvius Narcisse), Katiana Milfort (Manbo Katy), Patrick Boucheron (le professeur d’histoire).

Auteur

Bertrand Bonello (Nice, 1968) est d'abord compositeur et musicien. Après quelques essais de cinéma (courts métrages et documentaires), son premier long métrage, Quelque chose d'organique (1998) accède au festival de Berlin, tandis que Le Pornographe (2001) obtient le prix FIPRESCI de la Semaine de la critique à Cannes, où le réalisateur reviendra. Ses principaux succès y seront L'Apollonide, en 2012, et Saint Laurent en 2014. Il crée lui-même la musique de ses films.

Résumé

Une poudre magique envoie dans la tombe un homme qui en ressort bientôt, esclave, pour couper la canne à sucre. Un demi-siècle plus tard, sa petite-fille ceinte, comme ses compagnes, d'un ruban tricolore, se retrouve dans la Maison d'éducation de la Légion d'honneur à Saint-Denis. Elle est accueillie dans leur 'sororité' par quatre condisciples qu'a convaincues le fort et beau poème Cap'tain Zombi qu'elle leur a fait entendre.

Analyse

Zombi Child tire son originalité de la mise en scènes parallèles de deux mondes aussi opposés que l'on puisse imaginer : d'un côté, la sombre légende des morts-vivants d'Haïti, les zombis (le 'e' fut un ajout étatsunien) ; de l'autre, l'édifiante et bourgeoise institution du pensionnat de la Légion d'honneur, près de Paris, où des jeunes filles sont éduquées à la perfection sociale.
Les zombies, ce sont des êtres qu'un malfaisant a fait mettre en terre pour les en exhumer sous forme d'esclaves dont il profitera. Ce qui met ici en relation zombies et légion d'honneur, c'est qu'une brillante Haïtienne a mérité la prestigieuse distinction, ce qui vaudra à sa fille Mélissa, devenue orpheline, de rejoindre les rangs de la noble institution. Pont entre les deux, une tante de Mélissa, élégante prêtresse vaudou ('manbo') qui vit à Paris.
Les morts-vivants coupent les cannes à sucre dans les ténèbres nocturnes d'une plantation où des gardes-chiourme stimulent leur zèle endormi et maladroit ; les demoiselles tiennent leur club secret dans une salle-réserve du palais historique qui héberge leur école ; une douloureuse fin d'amourette déchaîne l'enfer vaudou en forêt d'Île-de-France... et les relations interraciales apaisées n'éludent pas le cruel arrière-plan d'esclavage dont les zombies sont un rappel vertigineux. Un authentique professeur (Histoire mondiale de la France) donne à ses élèves du pensionnat une brillante, mais éclairante, leçon sur l'histoire, qui nous aide à mettre en perspective les éléments du puzzle imaginé par Bonnello : "Ecoutez monde blanc/ les salves de nos morts...". Un film très bien construit, réalisé avec brio, et dont les deux facettes sont liées par l'Histoire : Napoléon créa la Légion d'honneur la veille du jour où il rétablit l'esclavage aux Colonies (19 et 20 mai 1802) !
Jacques Vercueil